Autant vous avertir tout de suite, ça risque d’être long ! Tant de souvenirs, tant d’émotions, difficile de tout résumer en quelques paragraphes.
Inscrits depuis le mois d’avril, voici enfin venu ce week-end tant attendu, mon gros objectif de l’année et une escapade en amoureux. Je ne vais pas me répéter, vous savez déjà que ma préparation
s’est bien déroulée, que j’ai suivi scrupuleusement mon plan, que j’en ai parfois bavé, que mes compétitions préparatoires se sont toutes bien passées, bref, je me sens prête.
Le voyage
Nous sommes partis vendredi en milieu de journée, avec 1h30 de retard. Les 3 heures d’escale à Madrid se sont réduites de moitié, pas de quoi rater le vol, loin s’en faut, mais de quoi perdre nos
bagages : arrivés à Valence, Iberia nous annonce que nous ne les aurions pas avant le lendemain. Une trousse de dépannage est remise chacun, avec de quoi se débarbouiller, un « pyjama » (short /
T-shirt) et des pantoufles jetables. Prudents, nous avions nos runnings avec nous : Evaristo dans son sac à dos, et moi à mes pieds. Au moins, nous avions l’essentiel si nous devions ne pas
retrouver nos bagages !
Nous nous rendons à l’hôtel en métro puis à pied (quand même un bon km). Il s’agit de l’hôtel officiel du marathon, le Holiday Inn qui se trouve à 15’ à pied de la cité des sciences, lieu de
départ et d’arrivée. L’établissement est très bien, c’est un grand bâtiment moderne, les chambres sont bien isolées et très calmes.
Nous allons manger un plat de pâtes aux fruits de mer dans le restaurant italien de l’autre côté de la rue, histoire de faire le plein de carburant. Bon, les pâtes, ce n’est décidément pas la
spécialité des Espagnols, elles étaient bonnes mais beaucoup trop cuites ! Nous avons aussi terminé le gâteau-sport maison entamé la veille dans la journée, le 2e gâteau (d’Overstims) pour samedi
et dimanche matin est quant à lui dans nos bagages …
Le lendemain matin, toujours pas de bagages, nous nous rendons donc à l’expo retirer nos dossards. Il a plu durant la nuit, les chaussées sont bien mouillées, et le ciel est gris, c’est
tristounet. Malgré tout, il fait sec (pluie annoncée pour tout le week-end aux dernières prévisions), et surtout il fait très bon : 19°C. Pourtant, cette ville me plaît déjà : ses parcs sont
magnifiques, ses allées larges, c’est propre, la première impression est très positive. Le site de la Cité des sciences est tout simplement magnifique. Moderne, entouré de verdure (et c’est
encore très vert là-bas !), de cours d’eau, un régal pour les yeux. Des promeneurs, des joggeurs, des familles avec enfants, tout un petit monde paisible circule dans cette zone, et bien sûr, les
participants aux deux courses du week-end : le marathon et le 10 km.
Retrait facile, bien organisé, tout roule. L’expo est bien faite, avec pas mal d’exposants. Après avoir retiré nos dossards, on peut vérifier le bon fonctionnement de la puce sur un écran qui
affiche nos coordonnées. Pendant ce temps, la météo s’arrange, il ne fait pas grand beau, mais le ciel se dégage, pourvu que ce soit pareil dimanche !
Nous allons retirer notre sac de coureur (dans lequel on pourra mettre les affaires que l’on veut récupérer à l’arrivée), avec un beau T-shirt (modèle différent pour femmes et hommes), des bons
et de la documentation. Une paella-party est organisée de 13h00 à 15h30, nous décidons d’y aller. Elle est servie en extérieur, avec des tables à l’abri, mais d’abord, nous retournons à l’hôtel
récupérer nos bagages qui sont enfin arrivés. Et puisque nous avons du coup nos tenues, nous en profitons pour faire notre ultime sortie : 30 minutes tranquillou et 6 lignes droites (100 m). Il
fait moite, on transpire, mais j’ai une pêche d’enfer, c’est bon pour le mental !
Le soir, pendant le souper (du riz au homard, miam !), nous débattons (c’est le mot !) de notre stratégie de course : Evaristo aimerait bien viser 3h40, mais ne sait pas si il ose risquer ce
chrono. Il n’a couru qu’un marathon dans la douleur à New York à cause de son genou, et craint d’avoir à nouveau des problèmes. Par contre, il est nettement plus rapide que moi (1h41 au semi).
Quant à moi, toujours très carrée et rationnelle, je n’ai pas envie de risquer de tout rater pour grapiller quelques malheureuses minutes : 3h40, ce n’est de toutes façon pas mon record, mais
c’est à priori plus que ce à quoi je peux prétendre cette année : mon test 5k me permet d’espérer un chrono de 4:43:30 (ça y est, c’est dit !), ce qui me suffit amplement ! Je n’ai pas de
pression, mais un peu d’appréhension quand même, un marathon n’est jamais gagné d’avance, et si je ne cherche pas à faire mieux qu’en 2011, j’aimerais quand même faire un bon temps, et surtout,
ne pas tout foirer en étant trop ambitieuse. Alors, courir ensemble ou pas ? Nous n’arrivons pas à nous décider, et décidons que la nuit portera conseil.
La course !
Un gros orage a éclaté pendant la soirée, mais quand nous nous réveillons, le ciel est bien dégagé ! Ils se sont trompés aux prévisions, youpie ! Par contre, il va faire chaud, alors je choisis
ma tenue d’été (sans manches) et prends mon porte-gourdes. C’est très amusant de courir en Espagne à cette saison, car pour eux, il fait déjà frais, et il faut les voir avec leurs couches et
manches longues, incroyable !
Nous nous rendons donc à pied sur le lieu du départ, et allons remettre nos sacs dans la zone prévue. Tout est très bien organisé, mais que de monde ! 9200 inscrits sur marathon, et quelques 3000
sur le 10k. A peine le temps de faire pipi et de trottiner 8-10 minutes, que c’est déjà l’heure de se rendre dans l’aire de départ. Pas de blocs, mais des zones grossièrement indiquées par des
drapeaux de couleur correspondant à celles des dossards. Le départ des 2 courses étant donné simultanément, nous manquons de nous enfiler dans la fausse colonne, celle des 10k ! Heureusement, on
s’en aperçoit et on change d’allée.
On se place au beau milieu de la zone orange, ce qui correspond à nos chronos estimés au moment de l’inscription (3h40). Le départ est donné, des pétards sont tirés, il y a une ambiance du
tonnerre ! C’est parti, tout tranquillement. D’après les chronos officiels, nous mettrons 4:05 à franchir la ligne de départ. Le pont est commun aux deux courses, mais il est divisé en deux, et
les parcours se séparent ensuite. Que de monde, que de monde ! Les avenues sont larges à Valence, mais elles sont bien remplies par les coureurs. Je reste sur ma décision de partir à 5:18/km,
quand à Evaristo, pour l’instant, il court avec moi. C’est difficile de rester ensemble tant il y a de monde. On zigue-zague, on essaie de dépasser comme on peut, car ça trottine vraiment. Le
premier kilomètre sera bouclé en 5:30, pas si lent finalement compte tenu du début ! Vers le 3e km, ô surprise, on voit le ballon des 4h30 !! Mais à quelle allure sont-ils partis ? C’est dingue
!? En fait, on l’apprendra après, et c’est peut-être le seul « défaut » de ce marathon, les ballons étaient tous placés à l’avant. Tout à fait étonnant, car ils ont dû gêner bien des gens plus
rapides. Une erreur de débutant on dira. Car si c’est la 32e édition de cette course, ce n’est que la 2e année que le départ a lieu depuis la Cité des Sciences, et ils ont carrément doublé le
nombre de participants, l’an dernier, et à nouveau cette année. Un succès en grande partie dû à ce cadre magnifique, et au parcours très plat.
Peu après, Evaristo prend de l’avance, et je le laisse partir. Nous ne courrons donc finalement pas ensemble. J’essaie de tenir les 5:18, je suis un tout petit tantinet plus vite, mais qu’est-ce
que je me sens bien ! Le parcours est incroyablement plat, ça change de Lausanne (non pas que ce dernier soit vallonné, mais il comporte de nombreux faux-plats). Il y a de la musique tous les km,
voire même plus ! Les spectateurs ne sont pas trop nombreux au début, mais il y en aura de plus en plus au fil des kilomètres, et ce sera du délire sur la fin. Hormis le passage au nord de la
ville, un peu moins beau, c’est décidément une très belle ville. Il fait bon (14°C quand on s’est levés, le thermomètre montera jusqu’à 22°C), il fait beau, je suis bien.
Comme en 2011, je dois me freiner, régulièrement. Normal, c’est un marathon, il faut être bien au début, faute de quoi on est mal barré ! Donc du pur plaisir, et plus les kilomètres passent, plus
je me sens bien. J’essaie quand même toujours de rester régulière, le semi arrive (1:51:29, je suis dans les temps, 20 secondes d’avance), on est en plein soleil, je dois prendre garde. Mais
quand même, j’accélère peu à peu. Je suis portée par certaines musiques, comme par exemple le thème des « Chariots de feu », diffusé à fond qu’on entend loin à la ronde, ou encore par la musique
techno dans le long tunnel après 27e km (excellente idée soit dit en passant, de quoi tuer la monotonie du tunnel).
En fait, je vais gentiment accélérer, d’abord sans m’en rendre vraiment compte, car je n’ai pas les yeux rivés sur ma montre, étonnamment. Mon chrono bipe à chaque km et affiche le temps du «
circuit » quelques secondes, un petit coup d’œil me suffit à vérifier mon allure. Quand le 27e km bipe, peu avant l’entrée du 1er tunnel, j’aperçois avec horreur 4:52 ! Là, je me force à
ralentir, c’est de la folie. Dur de ralentir avec cette techno. Dans le tunnel, je suis surprise de voir mon homme, que je vais dépasser. Il a l’air bien (il me le confirmera par la suite, ce
n’est qu’après que ça s’est corsé pour lui, vers le 30e).
Je retourne à un rythme assez régulier, plutôt calé sur les 5:10 que 5:18, mais ça ne me fait pas peur. C’est très étrange. Je vais peu à peu entrer dans une sorte d’euphorie, et pour la première
fois depuis que je cours, je ne vais plus écouter ma raison mais mon cœur. De la folie ? Sans doute, mais qu’importe me dis-je ! Après tout, c’est mon 5e marathon, il me semble me connaître un
peu, je suis si bien, les jambes tournent bien, et heurter le mur du 30e ne me fait soudain plus peur. Ça doit être les endorphines, ce n’est pas possible, ça me ressemble si peu ! Je me rappelle
les conseils de Teresa : maintenir l’allure jusqu’au 35e, puis si je le peux accélérer mais pas ne réduire l'allure de plus de 7 secondes. Or, j’ai déjà une allure plus rapide que prévue, et
j’accélère encore : de la folie pure ! Et donc, je ne me l'explique pas encore, je me suis dit « et puis m…., j’y vais ! ». Et le 30e qui n’était même pas encore là ! Il faut dire que
l’accélération est douce et progressive, et que je ne la sens pas. Ma tête n’est pas synchronisée avec mes sensations, elle me dit « t’es folle » alors que mes sensations me disent « mais non,
vas-y, tu le peux ».
Bref, ça cogite dans ma tête, mais rien n’y fait, je continue sur ma lancée. Il y a des moments où je sens que les jambes sont plus lourdes, qu’il faut tirer pour maintenir l’allure, mais je
continue, imperturbable, toujours transcendée. J’ai pris un gel tous les 5 km (à peu près, parfois un peu après), et je sens qu’à chaque prise, je regagne en énergie. Donc finalement, je n’en
perds jamais vraiment. J’ai mes gourdes avec moi, mais les ravitaillements sont si bien faits que je les touche à peine. On nous distribue des mini-bouteilles, qui tiennent très bien dans la
main. J’en aurai toujours une à la main, en réserve.
Dans les moments moins faciles, je me dis « tu ne vas pas lâcher maintenant : tu as voulu tenter le tout pour le tout, va jusqu’au bout maintenant ». Je me dis que rien ne doit m’arrêter, sauf si
je ne peux pas faire autrement. Côté souffle, je suis très bien. Les jambes veulent parfois un peu ralentir, mais que nenni, je ne les laisse pas prendre les commandes !
Les kilomètres défilent, je suis moins euphorique, mais toujours déterminée. Quand on passe le 32e, je me dis « plus que 10, ce n’est rien du tout 10 km », je les comptes un à un, et ils défilent
assez vite, finalement. Je passe sous les 5’ au kilomètre, c’est de la pure folie. Je ne sais même pas ce que je vise au juste. Je me dis que je vais peut-être pouvoir rattraper les quelques
minutes qui me manquent pour arriver à 3h40. Etre à nouveau sous les 3h40 serait le top, inimaginable ! Je ne regarde pas mon temps, je ne veux pas me faire peur (et de toutes façons, les temps
de passage ne me disent rien). Je cours, je dépasse, je dépasse, plus ça va et plus je dépasse. Je manque même de tomber une fois à un ravitaillement, car il y a toujours beaucoup de coureurs, et
quand ils s’arrêtent net, c’est difficile de les éviter !
Je dois dire que je suis surprise, par rapport à Lausanne, du peu de coureurs en réelle difficulté. Certains marchent ou ont des crampes, mais ils sont rares. Je vois beaucoup moins de ravages
qu’à Lausanne, pour ne pas dire très peu. Mais comme j’ai pas mal accéléré, mine de rien, forcément, je dépasse du monde !
Bon, je ne vais pas fanfaronner non plus, les derniers kilomètres n’ont pas été faciles. De très à l’aise, je suis peu à peu entrée dans le dur. Mais je n’ai jamais câlé. J’ai tenu ma folle
accélération jusqu’au dernier mètre. Je ne me suis pas arrêtée une seule fois, pas même marché aux ravitaillements, toujours attrapé la bouteille à la volée.
L’arrivée est juste magnifique, sur ce plan d’eau ! Le public est déchaîné, nous hurle des encouragements, c’est MAGIQUE ! Je passe la ligne, et je vois 3:37:19 à mon chrono (qui sera confirmé par la puce) ! Je n’en reviens pas, j’ai fait 6 minutes de moins temps prévu ! Je marche pour ne pas arrêter mes
jambes tout net, et attends Evaristo. Les jambes sont lourdes mais vont bien, je fais quelques étirements après quelques minutes. Evaristo arrive un peu après, il termine en 3:48:56 à son chrono,
satisfait de terminer sous les 3h50. Il a souffert mais il a géré, n’a perdu que 8’ sur le 2e semi alors que son genou tirait et que les jambes étaient lourdes. Il n’a pas baissé les bras et
s’est battu jusqu’au bout lui aussi.
Dans l’aire d’arriée, nous recevons la médaille, bien sûr, mais aussi un sac de mandarines (c’est la région !), des patisseries, des boissons, un linge. Evaristo souhaite s’asseoir un moment, il
y a toute une zone pour ça, on est au soleil, il fait super doux. Puis en allant récupérer nos sacs, on passe devant une aire de massages : au bas mot 50 masseurs/euses qui dorlotent les jambes
des coureurs. On décide d’en profiter, à peine quelques minutes d’attente et c’est déjà notre tour. Une moment agréable très apprécié.
Les sacs sont récupérés facilement en montrant notre dossard.
Vraiment, une organisation au top ! Il ne manque que les blocs au départ, sinon, tout est PARFAIT ! Et tout se fait dans la bonne humeur, avec le sourire, c’est vraiment un marathon
extraordinaire. Je ne peux que le recommander du fond du cœur. Une très belle ville, un très beau parcours, rapide qui plus est, une douceur qui fait du bien en novembre, un public d’enfer, et un
cadre somptueux ! Valence, on y est en un week-end, les vols ne sont pas chers si l’on s’y prend à temps. Et on y mange aussi très bien !
Les chiffres
Alors voilà, c’est assez dingue. Je suis bien évidemment sur mon petit nuage. Je bats mon record de 1:21 alors que je n’avais pas du tout prévu ça. Mais ce qui me sidère le plus, c’est de voir
les chiffres. Car si je sais bien que j’ai été plus vite sur le 2e semi je ne pensais pas l’avoir couru en 1:45:50, soit à 13 petites secondes de mon record sur la distance, avec déjà un semi
dans les jambes ! Quant à la vitesse, laissons parler les chiffres.
Temps officiel (au coup de pistolet) : 3:41:24
Temps réel (à la puce) : 3:37:19 (11,65 km/h - 5:09/km)
Temps de passage selon puce* (avec vitesse pour chaque pallier) :
10k : 53:12 soit une vitesse de 11.28 km/h (5:19/km) sur 10k
15k : 1:23:42 soit une vitesse de 11.36 km/h (5:17/km) sur 5k
semi : 1:51 :29 soit une vitesse de 11.48 km/h (5:14/km) sur 6.1k
25k : 2:11:41 soit une vitesse de 11.59 km/h (5:11/km) sur 3.9k
30k : 2:37:07 soit une vitesse de 11.8 km/h (5:05/km) sur 5k
35k : 3:01:58 soit une vitesse de 12.07 km/h (4:58/km) sur 5k
42.195k : 3:37:19 soit une vitesse de 12.21 km/h (4:55/km) sur 7.2k
*les résultats complets figurent ici, mes résultats détaillés sont là.
Voilà qui me laisse songeuse. Décidément, je crois que le marathon est une distance qui me convient bien, que j’aime vraiment. Parce qu’on y est bien, c’est une allure qui est facile à tenir, il
faut juste gérer les douleurs (quasi inexistantes dans mon cas, je n’ai pas beaucoup de mérite) et balayer les pensées négatives. Je souffre sur les courtes distances, car je peine à me mettre
dans le rouge, ce que j’ai constaté tout au long de ma préparation. J’ai bien senti à Morat-Fribourg et à Lausanne qu’il me semblait pouvoir donner plus, maintenant ces chiffres me le confirment.
Pourtant, sur le moment, même si je cherche toujours à gérer et à rester dans un certain confort, j’ai l’impression malgré tout de donner le meilleur de moi-même. Là, je commence à me poser
quelques questions quand même. Et puis bon, je n’aime pas me faire mal. Ma foi, à chacun son truc !
En tous les cas, pour le moment, je savoure mon bonheur !
Classement :
Classement en temps réel : 3013 sur 7737 finishers (H+F)
Classement en temps officiel : 3220 sur 7737 finishers (H+F)
Classement femmes toutes catégories : 123 sur 689
Classement (temps officiel) catégorie : 17 sur 144 veteranas fem C (pas de classement catégorie au temps réel)
Classement par pays : 5 sur 32 Suisses (H+F)